• Rien que nous - Kristin Halbrook

     

    Rien que nous

     

    Kristin Halbrook

    Éditions Albin Michel

    324 Pages

     

     

     

    Résumé :

     

    « Quand le monde entier est à vos trousses, on ne court jamais assez vite. »

    « Peut-être est-ce trop tard. Peut-être que le père de Zoé lui a volé ses quinze ans et lui a appris à avoir peur tout le temps. Je changerai ça. Je lui apprendrai à être forte à nouveau, et courageuse. Non que je sois un exemple moi-même, mais on peut essayer, ensemble. » Will.

    « Peut-être que Will mettra des années à accepter qu’il a été abandonné. Peut-être que cela lui prendra toute la vie. Je vais rester avec lui, peu importe le temps qu’il faudra pour lui faire comprendre que les gens ne vous quittent pas toujours, qu’ils ne vous laissent pas forcément tomber. » Zoé.

    Beau, déchirant, exaltant, le road-trip de Will et Zoé vous fera retenir votre souffle jusqu’à la toute dernière page. Booklist.

     

    L’avis de Manue :

     

    De retour avec un nouveau road-trip, mais pas n’importe lequel. « Rien que nous » est une invitation au voyage, à l’aventure, à la découverte. C’est un roman à la fois passionné et passionnant. J’ai littéralement été conquise, emportée sur la route en compagnie de Zoé et Will. J’ai vécu ces quelques jours d’errance avec eux, riant, angoissant, pleurant et espérant que leurs rêves, leurs espoirs se concrétisent, que leur souffrance s’apaise. Parce que tout un chacun mérite d’entrevoir le bonheur, on n’attend que Will et Zoé goûtent enfin à cette part qu’ils n’ont encore jamais eue. Ils sont enfin libres, la voie semble toute tracée. Et aussi naïves qu’eux, je me suis mise à croire moi aussi de toute mes forces qu’ils pouvaient y arriver, qu’ils devaient y arriver…

    Will et Zoé sont deux jeunes âmes que leurs souffrances respectives ont rapprochées. Will vient juste d’avoir dix-huit ans, la majorité, et n’aspire qu’à quitter le foyer dans lequel il réside. Balader depuis son plus jeune âge de famille en famille d’accueil plus ou moins recommandable, puis de foyer en foyer, il n’y a qu’une seule personne à laquelle il est parvenu à s’attacher depuis deux mois : Zoé. Zoé est une jeune fille de quinze ans, intelligente, sensible, peu sûre d’elle, timide, fragile et surtout maltraitée par un père attaché à la bouteille, mais qui a surtout une poigne de fer. Depuis la mort de sa mère, cet aspect n’a pas échappé à Zoé, et encore moins à Will qui a immédiatement remarqué les bleus que la jeune femme dissimule maladroitement depuis la première fois qu’il a croisé son regard fuyant. Zoé est victime de l’alcoolisme et de la violence de son père, trop longtemps malmenée, elle est incapable de se défendre.

    Finalement, ils portent chacun leur croix et leur bannière. Les souvenirs des horreurs qui les hantent sont cuisants. Sauf qu’ils sont tombés amoureux et que l’amour leur donne des ailes. Will est persuadé qu’il peut sauver Zoé des griffes de son père, lui offrir l’avenir qu’elle mérite, la rendre heureuse. Elle le mérite. Et puis, lui aussi commence à croire que le bonheur est possible. Il veut s’en sortir, devenir quelqu’un de bien, de respecté. Lui et Zoé ont déjà fait des plans. Il travaillera pendant qu’elle ira à la fac. Zoé réalisera son rêve : elle deviendra sage-femme. Il ne perd pas de vue cet objectif parce que Zoé, c’est la première personne à qui il s’attache vraiment, mais c’est aussi la première fois que quelqu’un lui rend son amour. Leur amour, c’est bien la seule chose dont il soit fier. À eux deux, ils ont l’impression d’être plus forts. Ils forment un tout. Alors un soir, Will convainc Zoé de fuguer avec lui, de prendre la route et de fuir leur vie de merde. Ensemble, ils en construiront une meilleure. Cela ne peut pas être pire. Chacun échappera à son passé, à ses pires cauchemars, c’est le seul moyen pour eux d’oublier et d’avancer. Leur rêve s’appellera Vegas. Avec un peu d’argent volé en plus de leurs maigres économies, ils prennent place dans la Camaro de Will non sans heurt. Alors que le père de Zoé les surprend et tente de les empêcher de fuir en s’en prenant à sa fille, Will, totalement hors de lui, le frappe sévèrement. Zoé a tout juste le temps de l’arrêter avant qu’il ne le laisse pour mort devant chez eux.

    Main dans la main, ils filent alors à toute vitesse craignant d’être poursuivis et ils ne cesseront jamais d’avoir la crainte d’être stoppés dans leur élan. Il est hors de question qu’on les sépare. Will ne se voit plus vivre sans Zoé. Ils s’aiment. Ils n’ont pas peur de se le dire. Leur relation est peut-être récente, mais Zoé et Will ne font qu’un. Ils sont certains de faire le bon choix en partant. Mais très vite, leurs certitudes s’ébranlent. Zoé surtout a peur. La jeune femme a toujours été habituée à avoir peur et son attitude parfois passive et apeurée agace à certains moments le jeune homme qui tente par tous les moyens de la rassurer. Il faut qu’elle s’endurcisse. Il est très protecteur avec elle. Il veut que Zoé apprenne à faire front. En même temps, Will quant à lui a toujours été habitué à se débrouiller seul, il n’a pu compter que sur lui-même et personne d’autre alors s’attacher autant à Zoé le pousse forcément à avoir peur également, mais pas pour lui, pour elle. Elle est la chose la plus merveilleuse qui lui ait été donnée d’avoir. Il ferait tout pour elle. Zoé, c’est sa raison de vivre désormais. S’il se donne autant de mal pour l’éloigner de son père, c’est parce qu’elle compte à un point dans sa vie que la jeune femme ne peut s’imaginer. Il n’est plus rien sans elle. Elle est sa famille, son ultime chance pour une fois de faire quelque chose de bien dans sa vie. Son passeport vers le futur…Elle est l’espoir qu’il attendait étant enfant.

    Grâce à Will, Zoé de son côté prend confiance en elle. Elle se repose beaucoup sur Will, consciente qu’il ne la laissera jamais tomber. Elle sait bien qu’il est fou d’elle et elle l’aime aussi. Ensemble, ils ont l’impression de panser leurs blessures, de s’apporter l’un l’autre ce qu’ils n’ont pas eu.

    Seulement, voyager si jeune sans bagage, sans confort est parfois éprouvant nerveusement pour les deux jeunes gens. Ils vont se dévoiler l’un à l’autre, approfondir leur relation et à mesure que les choses évoluent leur naïveté s’envole et on comprend que les choses sont loin de tourner comme prévu. Très loin d’être une partie de plaisir, sans le savoir, ce voyage sera le plus marquant de leur vie. Parce que les problèmes vont très vite s’enchaîner et prendre des proportions qu’ils étaient loin d’imaginer. Ils accumulent les mauvaises décisions, ne sachant plus vraiment où donner de la tête. Ils n’ont pas vraiment la tête sur les épaules. Leur road-trip n’est que succession d’imprévus. Ils sont jeunes, insouciants et n’ont pas mesuré l’ampleur que pourrait prendre leur fugue ni les dégâts. Car de fugue au départ le voyage va très vite prendre des allures de cavale à la Bonnie and Clyde. Dans leur empressement à vivre enfin leur vie, ils ont tôt fait d’accumuler les faux pas et surtout les erreurs de jeunesse. Des erreurs qui pourraient bien leur coûter cher.

    Zoé est mineure, Will est majeur. Mais loin d’en rester à cet état de fait, le jeune couple joue de malchance en s’attirant de gros ennuis supplémentaires dans une station-service. Nul doute cette fois : ils sont allés trop loin et les autorités ne vont pas cesser de les poursuivre. Dorénavant, ils sont sur leur garde à chaque instant ce qui fait inévitablement monter la tension entre eux. Le but de ce voyage n’est plus aussi limpide pour Zoé qui prend conscience que Will est prêt à commettre toutes les extravagances simplement parce qu’il s’est donné pour mission de la sauver, de faire pour elle ce que personne n’a jamais eu le courage de faire pour lui. Mais elle comprend que loin de s’offrir un avenir meilleur, Will entasse les problèmes. En voulant fuir les problèmes de la première, ils ne font que multiplier ceux du second. Will prend trop de risque. Il est maintenant recherché. Elle doute. La culpabilité l’étouffe. Peut-être qu’ils sont allés trop loin, peut-être que ce voyage a pris des proportions trop démesurées, peut-être qu’il est encore temps de faire machine arrière avant que leurs vies s’en trouvent bousillées de manière irréversible sans possibilité de retour en arrière ?

    Zoé va prendre la décision la plus difficile de sa vie sans savoir que cela précipitera la fin de ce voyage de manière brutale. Plus rien ne sera jamais pareil après ça.

    J’ai dévoré le roman en quelques heures à peine. Pas de doute, c’est un gros de coup cœur, un dont on ne se remet pas facilement, car au sortir de ma lecture, j’en suis encore toute retournée, carrément émue jusqu’aux larmes. Zoé et Will nous donnent une belle leçon de vie, de courage et d’amour. Ce sont deux adolescents esquintés par la vie qui vont puiser l’un dans l’autre leurs dernières forces pour tenter de se relever ensemble de leurs souffrances. Abandon, peur, souffrance, culpabilité, maltraitance, jeunesse, espoirs, rêve d’adolescents, amour, confiance… tous les thèmes sont réunis pour une lecture explosive. C’est un roman d’une intensité rare ; d’une beauté à couper le souffle, un pur bijou. Chapeau à Kristin Halbrook pour nous avoir offert de lire le road-trip le plus exaltant, le plus touchant et le plus perturbant que j’aie jamais lu jusqu’à ce jour. C’est une œuvre d’art qui se laisse lire de manière captivante.

    Le roman est addictif, entraînant, la lecture facile et rapide. On alterne successivement entre les points de vue de Zoé et Will. Les deux personnages sont touchants, sincères, attachants… Les mots sont ceux d’adolescents, on a presque l’impression qu’ils nous parlent. Seul bémol, ça m’a agacé les « ne » manquant. D’accord, ça donne un côté oral au roman, mais parfois ça fait grincer des dents. Je butais sur certaines phrases parce qu’il me manquait la négociation, des phrases telles que «  Je sais pas » « J’aurais jamais ». Et comme c’est répété systématiquement sur toutes les tournures négatives employées par Will, ça se remarque. J’aurais également aimé que l’auteur nous parle de leur rencontre, de la naissance de leur sentiment, ce pourquoi ils s’aiment de manière aussi forte. Certes, ils ont pour point commun leur passé peu commun mais c’est dommage qu’on soit passé à côté. Je trouve que ça manquait au récit. J’attendais de savoir comment était Will et Zoé avant leur fugue, avant la tension permanente que cela entraîne et cela n’a pas eu lieu.

    Outre ce petit désagrément sur lequel on passe aisément, je dois dire que la plume de l’auteur est magique, envoûtante… mais surtout terriblement, terriblement émouvante… C’est une leçon de vie qui ne laisse pas de marbre, une histoire qui nous frappe en plein cœur, et nous secoue à l’intérieur. Ça nous retourne l’estomac. Zoé et Will, c’est en quelque sorte deux destins brisés qui tentent de se reconstruire sans certitude d’y parvenir. Ce sont deux adolescents qui ont connu une succession de malheurs, qui n’ont pas eu la vie facile et se prennent pour une fois à rêver comme des jeunes de leur âge. Ils parlent du futur, de leur attirance sexuelle, de mariage, d’enfant. Ils s’entrevoient un avenir. Ils ont la volonté de s’en sortir. Seulement, ils ont peut-être entrepris ce voyage trop tôt. Ce ne sont encore que des gamins immatures qui n’ont pas encore les moyens d’affronter leurs ambitions. Ils sont pleins de bonnes intentions, on a presque envie de leur tendre la main.

    On a tous le droit à une seconde chance, ils veulent simplement la saisir, ils luttent à leur manière pour découvrir ce que la vie peut avoir de meilleur à leur offrir… C’est une course contre la montre et à chaque page on comprend que bien loin de s’éclairer leur avenir s’assombrit. L’atmosphère peu devenir parfois pesant, mais c’est ce qui donne tout son sens au récit, on ressent les émotions des personnages, on s’imprègne facilement de l’univers du roman, on y plonge tête la première avec appréhension.

    Vous l’aurez compris, « Rien que nous » c’est une lecture à ne surtout pas ratée, car elle en vaut le détour. C’est un récit qui laisse des traces… qui nous bouleverse, mais nous fait sourire, car Will et Zoé ont partagé le pire, mais on surtout su se donner l’espace de quelques heures le meilleur. Zoé a permis à Will de faire remonter son passé à la surface, de se pardonner, de comprendre qu’il pouvait être aimé, qu’il n’était pas responsable de ses malheurs. Il n’était qu’un enfant qui s’est construit dans la douleur, et maintenant, c’est un adolescent qui tente de s’en défaire. Tout aurait pu être différent si seulement les gens autour de lui n’avaient pas cessé tour à tour de l’abandonner. Will a une rage en lui qui le pousse à foncer dans le tas sans se poser de question. Quand on a jamais rien eu, on n’a rien à perdre.

    D’une certaine façon, Will a tenu sa promesse, il a sauvé Zoé, lui a offert la chance de faire le choix d’un avenir meilleur, de regagner sa liberté.

    En ce moment, j’ai l’impression que c’est un peu la mode des road-trip et j’avoue avoir lu celui-là parce que j’avais lu « Loin de tout ». Certes, les deux sont un peu différents : le premier est une romance Young Adult alors que le second est une romance dramatique, mais sans l’ombre d’un doute pour moi « Rien que nous » tire son épingle du jeu, il est un cran au-dessus de « Loin de tout ». C’est une aventure qui nous tient en haleine de bout en bout, qui ne nous laisse aucun répit et nous abandonne en bout de course, essoufflés, remués mais surtout totalement bouleversés. C’est une histoire déchirante, un cocktail d’émotions fortes. La dernière scène du roman est brillamment écrite, épatante et émouvante. C’est à ce moment-là qu’on relâche la tension et que l’émotion nous étreint complètement.

    Ne passez pas votre chemin, lisez-le !

    Sur ce, je repars avec mes émotions, ma boule au ventre et l’œil humide en vous souhaitant à tous un très bon week-end !

     

    Xoxo les manias,

    Manue.

     

    P.S : La couverture est sublime, il n’y a pas de description détaillée du physique des personnages, mais je les imagine tout à fait comme ça. Et puis la manière dont la fille en couverture s’attache au garçon, avec amour et tendresse comme si sa vie en dépendait, c’est tout à fait la sensation que Zoé donne aux lecteurs dans le roman.

    Voici une petite chanson pour la route qui m’a fait penser à Zoé et Will, car ce dernier n’a de cesse de lui faire entrevoir sa valeur, de lui dire qu’il l’aime, qu’elle est belle, intelligente, qu’à ses yeux elle vaut tout l’or du monde.

     




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  • Commentaires

    3
    Dimanche 23 Février 2014 à 20:13

    Wahou, ça c'est de la chronique!! :P Il a l'air vraiment génial et (non je ne suis pas sadomaso) j'aime les livres qui me chamboulent donc j'aimerais beaucoup le lire! *O*

    2
    Dimanche 23 Février 2014 à 18:58

    *Manue* Effectivement c'est une romance dramatique donc il faut s'attendre à sortir les mouchoirs, ce sont un peu deux jeunes Roméo et Juliette qui se découvrent, se tournent autour, se trouvent mais pas forcément au bon moment... Il y a beaucoup d'émotion et je ne regrette pas de l'avoir lu car c'est une belle histoire d'amour :)

    De rien :D J'espère qu'il te plaira et qu'il te fera passer par un tas d'émotion !

    1
    Langlet Ophélie
    Dimanche 23 Février 2014 à 08:38

    Oh lala !!! quelle belle chronique!!! il me donne vraiment vraiment envie mais en même temps c'est une romance dramatique comme tu dis, et j'ai peur de la fin :( bouuuuuuuh

    je ne sais pas j'hésite, il a l'air très beau!!

    aaaah (enfin j'hésite à l'écrire sur ma loooongue liste des livres à lire! je peux toujours le faire et mettre un petit * attention danger émotionnel lol)

    Oui bon il fera partit de mes livres à lire, au vu de ta chronique, dont je n'arrivais déjà pas à me défaire, je ne veux pas le louper!!!

     

    MERCII

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