• Interview de Eva Giraud

    Interview de Eva Giraud

     

    Bonjour Eva et bienvenue chez Lecture-mania

     

    • Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

    • Bonjour bonjour! Eh bien, je ne sais jamais quoi dire quand on me demande de me présenter. J’ai 29 ans, je suis passionnée par les histoires, curieuse des gens et de leurs petites manies. J’aime écrire, lire, glandouiller au soleil, et les gens de mon quartier ont pris l’habitude de m’appeler « la dame qui vouvoie son chat ». Sinon, il y a une petite présentation sur mon site www.evagiraud.com :-)

    • Depuis quand écris-tu ?

    • Est-ce vraiment une question à poser à un auteur? :-p Honnêtement, je n’en sais rien. Peut-être un peu plus de 20 ans…

    • Combien de temps consacres-tu à l’écriture ?

    • J’y consacrerais tout mon temps si je n’avais pas besoin de travailler pour payer mon loyer et donner des croquettes à Emett Brown. Je ne peux pas écrire aussi souvent et régulièrement que je le voudrais, mais quand je m’y mets, ça peut durer quelques heures avant que mon estomac s’indigne d’avoir été oublié.

    • Quand tu as une idée, prends-tu des notes ?

    • En général, oui, ça peut aller du petit carnet que je trimballe partout au dos de ma main avec un feutre qui traînait par-là. Et quand je n’ai pas de support papier, je m’envoie un texto.

    • Sur quel support écris-tu ? (Ordinateur, cahier…) 

    • L’ordinateur me bloque littéralement. J’ai besoin de papier et d’un stylo pour écrire, du moins s’agissant de la première mouture d’un roman. Ça me permet aussi de me relire et de réécrire quand je retape tout ça sur l’ordinateur.

    • D’où te vient l’inspiration ? 

    • Des gens, des bruits, de mes rêves, des paysages, des odeurs… d’un peu partout, en fait!

    • Combien de temps mets-tu à écrire un livre ?

    Il n’y a pas de durée moyenne. Pour exemple, il m’a fallu à peine dix jours pour écrire « Gamin «  (une centaine de pages), et quatre ans pour écrire les deux premiers tomes de Pickwik (entre 300 et 500 pages). Mais si on écoute ma chère maman, j’écris plus vite que mon ombre (Eh, coucou Maman!)

     

    • Fais-tu beaucoup de recherches pour tes romans ?

    En général j’ai assez (trop) d’imagination pour me permettre de préférer rester dans la création totale. Mais il m’est déjà arrivé de regarder combien de temps peut vivre un blaireau, combien de fois une coccinelle peut faire crac-crac ou vérifier à partir de combien de kilos un chat est considéré comme obèse. L’important, c’est que ça reste crédible et cohérent!

     

    • Écoutes-tu de la musique en écrivant ? 

    J’en ai beaucoup écouté quand j’ai écrit Pickwik, du moins pour le premier tome. Chopin et Yann Tiersen ont tourné en boucle pendant un bon moment. Et pour d’autres romans, comme Nos Folies Ordinaires, c’était plutôt silence total et crise de nerfs quand la voisine regardait The Voice un peu trop fort.

     

    Interview de Eva Giraud

     

    • Quand tu commences à écrire ton histoire, la connais-tu déjà en entier ou bien tu improvises au fur et à mesure ? 

    Il peut m’arriver d’improviser sur les première pages, mais à la fin du premier chapitre, je sais toujours où je vais. Même si c’est flou, je le sais. Sans ça, une histoire n’a ni queue ni tête et, pour moi, ça reviendrait à prendre le lecteur pour un con (j’aurais pu dire nouille pour rester polie, mais être poli, c’est chiant).

     

    • D’où t'es venu l'idée d'écrire ton roman jeunesse « Pickwick » ?

    C’est d’abord parti du marronnier du voisin qui me narguait matin et soir en passant devant ma fenêtre. Et puis j’ai vu que mes personnages étaient complètement fous, alors j’ai décidé de m’inspirer du village où j’ai passé tous mes étés pour donner vie à leurs relations. Et pour finir, je me suis demandé : « Et si on pouvait vivre dans un endroit où où tout le monde a le droit d’être fou sans que ça gêne personne? ». C’est là que tout a pris forme, sans que je m’en rende compte.

     

    • Peux tu nous parler de l'histoire ?

    Pickwik? Heu… je n’ai jamais su parler de mes romans. C’est un peu comme me demander de quelle couleur est ma culotte, c’est intime et je suis pudique (bleue, avec des fleurs oranges). Mais allons-y, je vais essayer : c’est l’histoire d’un jeune couple qui emménage à Pickwik, en se disant que là au moins, c’est un village tranquille dans lequel on peut vivre plus sereinement qu’en ville. Et plus on tourne les pages, plus on se rend compte que les voisins et habitants ont tous un grain de folie douce. C’est le maire qui se prend pour un pirate quand il est trop stressé, c’est le voisin qui passe sa vie à inventer des trucs complètement inutiles et à négocier avec son nain de jardin qui ne parle que l’Italien (un problème dans le réglage du disque dur au moment de sa conception)… C’est aussi la tenancière du seul café de Pickwik qui refuse de servir les clients s’ils n’ont pas les orteils couverts, un petit facteur un peu simplet qui promène son couple de limaces dans son chapeau en ciré jaune, un Club qui se réunit deux fois par semaine pour fumer la pipe et chercher une coccinelle en pierres précieuses dont on n’a jamais prouvé l’existence… En fait Pickwik, c’est bien sûr une histoire avec un fil conducteur, mais c’est aussi une galerie de personnages humains, hauts en couleurs, avec leurs failles, leurs doutes et leurs lubies. Et finalement, pour notre jeune couple, Geneviève et David, c’est un peu d’humanité qui leur permet de devenir eux-mêmes : David prend l’habitude de scotcher les feuilles mortes aux arbres pour ne pas laisser passer l’automne, et Geneviève continue à se battre avec son chat Peggy, persuadée qu’il passe ses journées à comploter dans le seul but de lui pourrir la vie. C’est un peu mon village idéal, où j’aurais été heureuse de pouvoir habiter.

     

    • Si tu devais décrire ton roman en 3 mots ?

    Loufoque. Humain. Coloré.

     

    • 3 tomes sont actuellement sortis, d'autre sont-il prévu ?

    Ah, l’éternelle question ! Au début, il ne devait y en avoir que deux. Et puis plusieurs lecteurs m’ont dit qu’ils avaient besoin de leur drogue pickwikaise pour passer l’hiver, alors j’ai écrit le troisième en promettant que c’était le dernier. Et puis l’année dernière, j’ai commencé à écrire un roman qui n’avait rien à voir… pour me rendre compte que finalement, c’était exactement comme ça que je voyais les débuts de Pickwik. Donc, il y en aura un quatrième, mais qui n’est pas une suite : c’est la genèse, en quelque sorte… Il sera donc question de remonter le temps, pour comprendre d’où sort ce village qui n’est sur aucune carte de la planète.

     

    • Tu as également d'autres livres à ton actif . « Les amants d'Henriette », « Nos folies ordinaires », « Et si on se prostituait ? », « Gamin ». Peux tu nous les faire découvrir ?

    C’est sûrement redondant, comme explication, mais c’est l’histoire des gens, et de la relation qu’ils peuvent avoir aux autres. Par exemple, Gamin, c’est un jeune homme et une vieille bique un peu aigrie qui ne sont pas du même monde, mais qui se croisent et s’apprivoisent. Des gens un peu cassés, si on peut dire. Des gens qui n’étaient pas sensés s’apprendre.

    Henriette, ça parle d’une maison de retraite un peu cossue et de ses résidents : il me tenait à cœur de décrire des personnes et pas seulement des petits vieux. C’est parti de la chanson « Henriette » de Giedré. C’est pas parce qu’on est vieux dans un corps usé qu’on a pas le droit d’aimer, de rire, et de faire des conneries.

     

    Nos Folies Ordinaires, c’est l’histoire d’un certain Jean, qui a été élevé dans le but de « devenir quelqu’un ». Sous-entendu d’avoir une carrière importante et qui rapporte. Mais devenir quelqu’un, pour moi, c’est devenir soi-même. Et c’est déjà pas si simple. Alors Jean, il va tout simplement péter un plomb et commencer à parler avec ses voisins, dont il ne s’approchait pas trop jusque là parce qu’ils étaient un peu trop loin du monde tout lisse et bien construit qu’il connaissait. Il va donc se lier d’amitié avec Bébert, Mika et tous les autres, et il va apprendre s’en foutre, tout simplement : ce n’est pas grave, de ne pas faire carrière, de ne pas porter de chaussures, de se coucher un peu plus tard que d’habitude et de parler à des artistes habillés comme s’ils allaient au carnaval. Ce n’est pas grave d’être un vieux costaud féministes et brailleur, ou de payer son loyer en s’effeuillant, en rêvant de devenir danseuse. Non, ce n’est pas grave, et c’est justement en évoluant avec eux, les artistes, les anarchistes et les « laissés pour compte », qu’il apprendra à vivre sans avoir peur des autres et de ses envies. Assumer sa folie, ça s’apprend, et c’est nécessaire.

     

    Concernant Et si on se prostituait, plus communément appelé « Pupute « , c’est le seul livre dont je ne parle quasiment jamais. C’est une sorte d’outsider, un livre qui n’est pas un roman mais un témoignage. Un petit coup de gueule d’un jour, écrit un dimanche après-midi, d’une traite, et qui dit en somme que j’en ai ma claque d’être considérée comme une paria fainéante et profiteuse parce que je ne trouve pas de travail dans ma branche. Alors non, ça ne parle pas de prostitution (je n’ai pas eu la malchance d’avoir à recourir à ce genre d’activités), et c’est traité comme toujours avec humour. Parce que je ne sais pas écrire sur un sujet lourd, triste et problématique sans humour. Littéralement, je ne sais pas. Peut-être parce que pour moi, un éclat de rire c’est un morceau d’espoir. Sans ça, on serait tous sous Lexomil… Disons pour résumer que ce petit coup de gueule m’a fait du bien et a permis à certaines personnes de se rendre compte que pour notre génération, c’est beaucoup plus compliqué d’avoir un travail régulier et une carrière solide. Ca prouve aussi que, pour beaucoup de personnes de mon âge, la position sociale ne fait pas forcément le bonheur. Le tout, c’est de faire de son mieux, et c’est déjà beaucoup.

     

    • Quel est le personnage de tes romans préféré et pourquoi ?

    Ça dépend des jours. Parfois c’est Jean (Nos Folies Ordinaires) parce qu’il faut du courage pour dire merde à des décennies de tradition familiale. Certains jours c’est Peggy (Pickwik) : oui, c’est un chat, mais c’est aussi un personnage à part entière qui fait preuve d’une ténacité sans égale. D’ailleurs je me suis rendue compte il y a peu qu’il y a toujours un chat dans mes romans. Toujours.

    D’autres fois encore, c’est tour à tour Sam, pour ses inventions et ses envies grotesques, David, parce qu’un de ces jours, je finirai par scotcher les feuilles tombées au pied d’un arbre pour retenir l’automne et ses couleurs monumentales. Mais c’est aussi Albertine pour son caractère un peu trop bien trempé et sa phobie des orteils, ou Mimi, pour sa gentillesse innocente, ou bien encore le petit Thomas, parce qu’on a tous envie de rester collé au panneau d’entrée de notre Pickwik, en espérant que rien ne vienne changer nos souvenirs d’enfance. En fait, je crois que je suis un peu tous ces gens-là à la fois, parce que bien sûr, ils ont tous un peu de moi. Et puis, à force, c’est devenu mes meilleurs copains!

     

    • Quel est le personnage que tu as eu le plus de mal à écrire et pourquoi ?

    Fichtre, ma chère Nanou, tu m’en poses, de ces questions difficiles ! Je dirais que c’est Jenny (Geneviève, dans Pickwik). C’est pourtant le personnage principal (du moins au début, puisque c’est avec elle et son mari David qu’on débarque à Pickwik). Je ne saurais pas vraiment te dire pourquoi. Peut-être parce qu’elle est un peu plus réfractaire à la tolérance envers les autres. Même si ce n’est qu’une surface, elle fonctionne comme une pomme d’amour : molle dedans et dure autour. J’ai parfois eu du mal à faire tomber les barrières de son cynisme à toute épreuve.

     

    • Quels sont tes autres projets ?

    Déjà, il y a le quatrième tome de Pickwik. Ensuite, il y a mon prochain roman, en cours de réécriture, qui doit sortir en janvier 2019 chez Lily’s Editions, Octave (titre provisoire). Et il y a aussi mon association, Particules, qui a pour marraine Amélie Nothomb et que j’ai co-fondée en 2014. J’en avais marre d’enchaîner les bullshits jobs mal payés, alors j’ai décidé de créer mon propre emploi. Aujourd’hui, Particules emploie une dizaine d’artistes-formateurs qui donnent des cours dans leurs domaines respectifs : écriture, théâtre, vidéo, arts plastiques, musique. On propose aussi aux auteurs et artistes amateurs (ou pas, d’ailleurs), de valoriser leur travail en leur créant un site internet, en les aidant à écrire une pièce, etc. Le but, c’était de contrer les réflexions du genre : « t’es un artiste, tu aimes ce que tu fais, alors tu peux le faire gratuitement ». Parce que, mon bon monsieur, même les artistes ont besoin de manger, de temps en temps ! Alors c’est énormément de temps et d’énergie, pour l’heure beaucoup de travail pas toujours payé à hauteur, mais ça vaut le coup, et j’y tiens beaucoup. Au moins, je fais quelque chose qui me plaît, et je permets aux autres de faire de même, grâce à mon association. D’ailleurs si tu veux aller voir ce qu’on fait, c’est par ici : www.assoparticules.com

     

    • Quels sont tes genres de lecture préférés ?

    Préférés? Harry Potter, Les liaisons dangereuses, Du côté de Chez Swann… En fait, tout ce qui me tombe sous la main et qui m’intéresse ou me touche un peu : ça va de La criminologie pour les nuls à Amélie Nothomb, en passant par Daniel Keyes et Olivier Bourdeault.

     

    • Quel est le dernier livre que tu as acheté ?

    Ça remonte à trois ans, parce que j’ai découvert un endroit formidable qu’on appelle bibliothèque, et c’était Miss Pérégrine et les enfants particuliers, de Ranson Riggs.

     

    Interview de Eva Giraud

     

    • Quel est ton ou tes auteur(s) préféré(s) ?

    Daniel Keyes, Amélie Nothomb, Proust, Diderot, Maupassant, JK Rowling, Melville. Et tellement d’autres…

     

    Ton portrait chinois en 10 questions : 

      

    Si tu étais… 

     

    Un animal ?  Un chat-ccinelle

     

    Une couleur ? C’est pas sympa de me demander de faire un choix! Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel en même temps. 

     

    Un film ?  Un film avec Robin Williams. Ce mec était génial.

     

    Un livre ? Un livre magique avec tous les mots du monde.

     

    Une sucrerie ?  Ce serait pas bon pour mes écarts de glycémie.

     

    Une personne célèbre ?  Maggie Smith. Cette femme est splendide.

     

    Une fleur ?  Pas une fleur. Un bouquet de fleur des champs.

     

    Un de tes personnages ?  Tous à la foi.

    C’est trop facile? Bon, allez… Samuel de Grimwald.

     

    Une saison ? L’été. J’aime avoir chaud.

    L’automne et le printemps. J’aime aussi les entre-deux.

    L’hiver, parce que le froid m’oblige à rester sous la couette avec un thé et Emett Brown.

     

    Une chanson ?  Che sera sera, de Doris Day.

     

     

    Un objet ?  Une baguette magique.

     

     

    Un dernier mot pour tes lecteurs ?

     

    Déjà, un petit mot pour toi, Nanou : merci pour tes questions (in)discrètes et difficiles, elles m’ont donné envie de me remettre à Pickwik.

    Pour mes lecteurs ; merci d’être là. Continuez à me demander si je me drogue avant d’écrire, merci de faire quatre heures de route pour m’apporter des réserves exponentielles de nougats et schokobons, merci pour vos petits mots et vos photos de nains de jardins tous plus bizarres les uns que les autres, et surtout, merci de me permettre de rester moi-même : rarement sérieuse dans les conversations, moqueuse dans mes statuts Facebook, curieuse de vos vies et enchantée de vous avoir, vous, depuis plus de six ans. C’est aussi grâce à vous que mon envie d’écrire ne s’éteint pas.

     

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